Lettres aux lecteurs du blog suite aux attentats de Paris

Chers lecteurs,

Vous qui habitez Paris, la France ou ailleurs, vous qui suivez l’actualité dramatique de ces derniers jours, j’ai besoin de partager avec vous ma tristesse. J’ai besoin de vous dire que je suis choquée par ces événements qui touchent mon quartier.

L’atelier de l’Artisan du Corset se trouve en effet à moins d’un kilomètre de l’une des fusillades en pleine rue, à la terrasse d’un café. Comme beaucoup de Parisiens le disent : « j’aurais pu être à leur place », à la place des victimes. Je passe souvent dans ces rues animées, je m’assois parfois à la terrasse de ces cafés. Maintenant, j’ai peur… On nous conseille de rester chez nous car une réplique n’est pas exclue. J’ai envie de sortir, de me rendre sur les lieux des drames, de parler de tout cela, de partager ce moment avec les autres Parisiens. Mais j’ai peur. Je ne suis pas une victime directe de ces attentats mais je suis touchée dans mon âme, dans mon cœur de parisienne, dans ma vie de trentenaire qui profite de sa ville libre et festive.

Hier, j’ai reçu une cliente qui a tenu à venir malgré tout, car la vie continue, et qui a traversé les lieux du drame pour se rendre à mon atelier. Elle est arrivée en pleurs. Je n’ai pas osé lui avouer que moi aussi, je pleure souvent depuis vendredi. Je n’ai pas osé car moi, je n’ai pas vu en vrai. Je ne me suis même pas hasardée à mettre un seul pied dehors par peur de voir les traces de ces horreurs, par peur que cela se reproduise.

Une amie m’a annoncé hier qu’elle connaissait l’une des victimes du Bataclan. Jeune maman, cette amie ne s’est pas rendue avec son mari soutenir la famille endeuillée : « les bébés sont des éponges, je ne préfère pas qu’il assiste à tant de douleur, m’a-t-elle dit, il était déjà dans un drôle d’état aujourd’hui, il sent tout ça. » Je ne peux m’empêcher de penser aux jeunes enfants et je m’interroge sur le monde que nous allons leur laisser…

Nous sommes tous touchés d’une manière ou d’une autre par ce qui se passe. Je me questionne sur les causes d’un tel drame, sans avoir de réponse. Je pense que personne ne peut apporter de réponse à de telles horreurs. J’espère juste que cela va cesser ; en France, mais partout dans le monde où le terrorisme fait d’autres victimes, où le climat engendré par ces extrémistes plonge la population dans la terreur.

Depuis hier, j’ai du mal à me mettre au travail. J’ai passé la soirée de vendredi à couper et coudre une pièce, je ne suis pas sortie. Je ne peux pas dire que cela m’a sauvé la vie mais cela m’a rassurée, dès que j’ai appris ce qui se passait, dès que j’ai commencé à recevoir des messages et des appels, de savoir que j’étais en sécurité. Mais au final, cette pensée m’est difficile : sortir dans Paris, dans ma ville, dans mon quartier aurait pu être fatal… Peut-être apprendrai-je dans les jours à venir que certaines connaissances sont, elles, sorties dans le quartier vendredi et maintenant à déplorer parmi les victimes…

Mais la vie se doit de reprendre son cours. L’atelier ouvrira ses portes lundi matin, je recevrai les clients comme prévu. Il faut malheureusement apprendre à vivre avec la menace permanente… Mais ce que je retiens aujourd’hui, c’est qu’il faut profiter de chaque instant, croquer la vie à pleine dent, défendre ses convictions et les valeurs de notre pays : liberté, égalité, fraternité.

Cet article sort du monde du corset mais étant touchée par les événements et dans une volonté de partage et d’union, j’ai tenu à témoigner ; je remercie les personnes qui m’ont lue. Je dédie d’ailleurs cet article à toutes les victimes de ces attentats, morts, blessés, passants, témoins, habitants du quartier, Parisiens, Français et Humains.

Blandine

5 thoughts on “Lettres aux lecteurs du blog suite aux attentats de Paris

  1. Merci d’avoir partagé avec nous vos peurs, votre souffrance… j’habite Bordeaux et pourtant je pleure ces gens , cette abomination. Je ne peux m’empêcher de craindre d’autres attentats mais je refuse de céder à la panique. La vie décidera de notre fin quoi qu’on fasse … je vous souhaite beaucoup de courage et vous envoie toutes nos bonnes ondes.

  2. Bonjour Blandine et merci pour ton temoignage.
    Comme tu le sais, j’habite à 800 km de Paris et pourtant… Je me suis mise à pleurer moi aussi en voyant ces images d’horreur à peine croyable.

    Ton temoignage essaie d’etre un exutoire. J’imagine à quel point il doit etre difficile de sortir, de continuer tout simplement à vivre normalement quand on vit non loin de là.

    Je rends egalement hommage à toutes ces personnes, blessées, decedees,ceux qui ont ouvert leurs portes, eux qui ont aidé, ceux qui ont soigné et soigne encore.

    Ne laissons pas la terreur s’installer, rendons hommage et continuons de vivre.
    Bises

  3. Merci pour ce texte, qui touche en plein coeur la femme Française que je suis, la patriote plus que jamais. A Paris ou ailleurs nous sommes anéanties mais nous avons la force en nous et plus que jamais la force de défendre notre pays. Je suis Périgourdine mais je suis née Française et je mourrais Française.
    Nous sommes avec vous, avec vous tous les Parisiens, et quel que soit le lieu où nous habitons, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest nous sommes là, avec nos coeurs, nos âmes….

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